Cet
objet est très présent dans les images grecques et romaines tout au
long de l’Antiquité. Il évoque la richesse, la prospérité, la
fécondité. On la retrouve sur de nombreuses monnaies, mais aussi dans
la statuaire et sur des bas-reliefs.
Il s’agissait d’une corne de ruminant, souvent remplie de fruits, de fleurs et d’autres aliments agréables à consommer.
Dans la mythologie grecque, elle pourrait, à l’origine, être issue
d’une chèvre associée au mythe de l’enfance de Zeus, le grand dieu de
l’Olympe.
En effet, Zeus avait été caché par sa mère sur l'île de Crète, pour que
son père Chronos ne le dévore pas. Amalthée, une chèvre, a nourris le
jeune enfant divin pour lui permettre de survivre et de grandir.
Ovide, dans ses Métamorphoses
(IX, 1-100), propose un autre propriétaire original pour cet
objet : le dieu-fleuve Achélôos, fils de Neptune. Lorsque celui-ci
s'est métamorphosé en taureau au cours d'un combat avec le héros
Hercule, ce fils de Zeus aurait arraché une corne à l'animal.
« [...] changé en taureau, je reprends la lutte.
Hercule, par la gauche, entoure de ses bras mon encolure.
Je fonce, et lui, me tirant, me poursuit, pèse sur mes cornes
et les fiche dans le sol dur, me terrassant sur l'épaisse couche de sable.
Et cela n'était pas suffisant ; tenant dans sa main droite
une de mes puissantes cornes, il l'arracha de mon front qu'il mutila.
Des Naïades la remplissent de fruits et de fleurs odorantes,
la consacrent aux dieux, et la Bonne Abondance est riche de ma corne ».
Ovide, Métamorphoses, IX, 81-88.
Dès le 5ème siècle avant notre ère, la corne d'abondance comptait parmi
les accessoires associés au dieu grec des Enfers, Hadès.
A partir du 4ème siècle avant notre ère, c’est la déesse grecque Tyché,
qui porte souvent la corne d’abondance. Cette déesse était associée au
destin et à la Bonne Fortune.
Tyché étant souvent assimilée à la déesse romaine Fortune (Fortuna en
latin), la corne apparaît également dans ses représentations. Fortuna
était, elle, une déesse d’origine italique, liée à la chance et au
hasard.
Des Nymphes pouvaient aussi porter la corne d’abondance dans leurs
bras. Ces jeunes femmes étaient notamment les personnifications de
sources d’eau douce. Le dieu-fleuve grec Achélôos, dont nous venons de
parler, est parfois considéré comme le père de plusieurs d’entre-elles.
Ovide, quant à lui, les considèrent comme ses servantes.
« [...] Une nymphe, une de ses servantes, court vêtue
à la façon de Diane, cheveux épars sur ses deux épaules,
s'avança et apporta dans la corne opulente, comme seconds services,
des fruits délicieux, représentant l'automne tout entier. »
Ovide, Métamorphoses, IX, 89-92.
Les dieux-fleuves, dont Achélöos, le Tibre romain ou le Nil égyptien,
voyaient aussi la corne d’abondance leur être attribuée dans l'art.
Leur lien avec la fertilité des sols, qui nourrissaient la population,
explique la présence de la corne d’abondance dans leurs représentations.
En dehors du domaine divin, il arrive que des impératrices romaines
soient représentées avec la corne d'abondance sur l'un de leur bras. La
signification est toujours la même. Puisque l'impératrice est
considérée comme la mère de la patrie sous l'Empire romain, on lui
attribue la prospérité du peuple dans l'idéologie du pouvoir de cette
période.
Ce motif était tellement courant et sa symbolique tellement importante
pour les gens de l'Antiquité, que des civilisations voisines des Grecs
et des Romains s'en sont aussi inspirés. Ainsi, la corne d'abondance
figure, par exemple, sur des petites monnaies en bronze d'un peuple
gaulois du Languedoc, les Longostalères, ainsi que sur des monnaies
retrouvées à Almunecar, dans le sud de l'Espagne. Ceux-ci avaient eu
l'occasion de la découvrir sur des monnaies romaines de la période
républicaine.